L’eurythmie à l’école – un art de la rencontre

A l’école, les enfants peuvent chaque semaine, au cours d’eurythmie, se faire explorateurs des qualités de l’espace. Car l’être humain se situe entre ciel et terre, entre haut et bas, entre devant et derrière, c’est à dire entre le visible et l’invisible, entre ce que je vois devant moi, ce que j’écoute derrière moi, entre ma droite et ma gauche qui sont aussi deux qualités différentes de présence au monde.

L’eurythmie est une façon de renforcer cette expérience. L’entre deux est son domaine, pont jeté entre le visible et l’invisible lorsque par le mouvement elle invite à se déplacer dans l’espace avec son corps, à le ressentir avec sa sensibilité et le comprendre avec son intelligence.

Droite et courbe, réalité et symbole

Droite et courbe, fondements de toutes formes ! les enfants peuvent faire l’expérience de leur qualité propre et de leurs interactions, en transformant des carrés, des triangles, des pentagrammes, par le déplacement simultané de tous :

La droite, par nature invisible, devient perceptible par le mouvement qui est le meilleur outil pour traduire ce qu’elle est : une direction ! une direction invisible que je vois pourtant, que je marche, que j’éprouve ; je la revisite à l’intérieur de moi ; elle est symboliquement mon parcours de vie, d’où je viens et où je vais…

La courbe au contraire se construit par une infinité de directions successives ; elle me demande une présence agissante ; elle est peut-être la façon dont je prends part activement à mon parcours de vie…

L’expérience de cette géométrie en mouvement offre bien des raisons de s’étonner : sur un pentagramme par exemple, chacun parcourt une droite mais l’ensemble apparaît soudain comme un mouvement circulaire ! c’est toujours une énigme pour les enfants… ils s’émerveillent de découvrir un cercle alors que chacun a marché une droite ; mais cette découverte ne s’offre qu’à force de précision et de l’exercice renouvelé ; il faut, comme le dit une fois un enfant, transpirer intérieurement !

Maturité et lien au mouvement : s’imprégner puis créer

Nous faisons découvrir aux plus jeunes la lemniscate, ou « le 8 ». Tous marchent cette forme ensemble. L’un soudain rencontre l’autre, le croise et ainsi chacun son tour. La forme reste fluide. Ce croisement est une expérience intérieure, une prise de conscience de soi dans son rapport à l’autre : la géométrie en mouvement devient un exercice essentiel dans la construction de la personne.

Les plus grands entendent la description de la forme, oralement… Chacun s’efforce de « voir » par la pensée, de percevoir la forme intérieurement, de retenir le mouvement avant de s’élancer, de marcher. Il éveille ainsi en lui la confiance dans la force de sa pensée ; ensemble nous cherchons comment réaliser l’idée ; nous en faisons l’expérience, puis vient le dessin.

Créer ensemble

Pour certains enfants, dessiner une forme est difficile. Ce n’est qu’après l’avoir faite et refaite avec leur corps tout entier qu’ils en deviennent capables ; leur mobilité intérieure peut ainsi se transformer, se développer.

L’étape suivante est particulièrement réjouissante. Les élèves, par petits groupes, peuvent créer, inventer d’infinies variations.

Chacun est créateur à sa façon : certains parlent, certains discutent, certains dessinent, d’autres essayent, d’autres encore ont trop d’idées et d’autres regardent les autres ; mais soudain, la forme est là et avec elle, la joie de voir sa création dans l’espace, l’architecture qu’a construite l’imagination transposée par le mouvement en une création commune. Quelle joie de voir mon idée s’associer concrètement à celle de l’autre ! Infinie diversité de créations possibles amenées à collaborer. La nature est ainsi : son unité est tissée de diversité…

Rythme du cours, rythme social

Vivre ensemble un mouvement présuppose l’interdépendance de tous ; mais on doit veiller à ce que chacun soit avant tout présent à lui-même. Aussi, des exercices d’attention, de présence pour accorder son « instrument » (son corps) sont indispensables pour, ensuite, être en mesure de se tourner vers les autres et travailler ensemble des formes de groupe avec la parole ou la musique, toujours vivantes, parlée par le professeur ou un élève, jouée par une pianiste qui accompagne le cours.

À la fin du cours, chacun se retrouve en lui, dans un instant de silence, paisiblement immobile.

Commencer par être présent à soi-même, rencontrer les autres et revenir à soi pour intérioriser l’événement de la rencontre.

L’Eurythmie peut ainsi devenir une pratique et un art accompagnant concrètement et harmonieusement l’enfant dans son développement physique, psychique et émotionnel.

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